Un vieux sofa troué en skaï vert foncé est appuyé contre le mur blanc en crépi. En face une vieille télévision à écran cathodique fait concurrence à celui non moins cathodique de l’ordinateur beige marbré « Hewlett Packard » trônant sur un bureau en Formica marron rescapé du siècle dernier. Un ventilateur poussiéreux de la même génération que ces voisins complète l’équipement ultra-moderne de ce poste de douane.
« José » la mine ronde prend un air fonctionnaire et m’interroge : « How many people? ». Je sors les cinq passeports. « Five ».
Il pousse un soupir, l’œil goguenard, fait craquer ses doigts, me jette un sourire et entame la saisie des nombreuses rubriques de son formulaire en mode texte des années 80. Son doigt lourd s’écrase lentement sur chaque lettre de chaque rubrique alors qu’il saisit l’ensemble des prénoms de chaque membre de la famille. Puis il me regarde fixement, cherche ses mots et s’exclame : « You know, there is something extraordinary about your familly ». Je crains le pire. Il laisse s’écouler quelques secondes, puis il lâche : « Everybody is born in August, but one person! ». Voilà les formalités sont terminées.

Baia do Porto Santo (le petit point blanc à gauche, c’est Slow Motion seul mouillé au milieu de la baie!)

Porto Santo est un peu à l’image de José : accueillant, chaleureux, direct, simple, indolent. Un caillou flanqué de 3 pics et d’une plage de 9km de long au sable fin mêlé de roche volcanique. La baie de Porto Santo a un petit air caraïbes avec son ponton, son eau claire en dégradé de bleu, ses palmiers et son clocher blanc et carré. Pas d’attraction touristique particulière. Il faut humer l’air du temps, plonger ses pieds dans le sable fin de la plage ou commander un petit vin de Madère servi avec des lupins et du fromage de chèvre sur la place de l’unique village de l’île. Une fois par jour le ferry Porto-Santo/Madère déverse quelques Madérois en mal de sable fin pour les reprendre le soir.

Les murs du port sont peints des blases nautiques des voyageurs de passage. Il règne (enfin) une atmosphère « Tour du Monde ». Sur le terre plein du chantier, nous retrouvons la flotte de la « transquadra » qui attend la deuxième étape de l’épreuve en février prochain.

Arrivés dimanche à la tombée de la nuit, Porto Santo nous a retenu presque deux jours le temps de respirer son air d’île perdue dans l’atlantique. Si proche de l’Europe, Porto Santo est tellement dénué de tout que l’île semble insensible à toute conjoncture financière ou immobilière.

Nous sommes repartis mardi midi pour Madère (30 miles) où nous sommes actuellement. Après un joli mouillage à la « Baia da Abra » dans le nord ouest de l’île, nous avons rejoint la marina « Quinta Do Lorde » pour une visite de l’île en voiture.

La mur du port de Porto Santo, couvert des peintures nautiques des voyageurs de passage

Quelques photos de Porto Santo sur : http://www.flickr.com/photos/60800845@N03/sets/72157627445703113/