Le 4*4 de location file entre les champs de canne à sucre, laissant derrière lui un nuage de poussière. Régulièrement, nous croisons les rails des voies ferrées qui transportent dans de petits wagons bruns les tiges de cannes fagotées en rang serrés. Le long de la route, on trouve quelques cocotiers et aussi de grands manguiers sous lesquels se reposent les ouvriers de la canne à sucre. Quel contraste avec le luxe sécurisée de notre marina. De petites maisons dans lesquelles s’entassent les familles de travailleurs bordent la piste. Parfois en brique, elles sont souvent en bois délabrés ou même en assemblage de tôles ondulées. Nous traversons plusieurs villages qui semblent essentiellement voués à abriter et divertir les ouvriers de cette industrie. On y voit des terrains de baseball, sport national, et des terrains de baskets. Les bars sont tous armés d’une sono digne d’un concert à Bercy d’où s’expulsent des airs de bachata et de merengue à un niveau sonore insoutenable. Les jeunes dominicains, une bière « Presidente » à la main assis sur de petits bancs n’ont pas l’air de s’en plaindre. Ils nous regardent passer avec la même curiosité que nous. Que pensent-ils de notre voiture climatisée, eux qui se déplacent trois par trois en mobilette rafistolée et qui dorment sous des toits de tôle? En tout cas, en voyant leurs conditions de vie, je comprend mieux pourquoi on peut leur acheter des bananes ou des semaines tout-compris à Punta Cana pas cher. Faut-ils qu’ils soient pauvres pour que je me sente riche?

Bientôt, nous arrivons dans la montagne. L’air y est plus frais, mais la végétation très tropicale : Cacoyers, bananiers, manguiers, payapers, fougères arborescentes. Tout pousse au bord de la route, entretenus par les paysans dont les cabanes colorées parsèment la route. En arrivant à « Miches », sur la cote atlantique, nous découvrons un véritable village de pécheurs aux antipodes des plages privés de la cote caraïbes. Nous nous arrêtons sur une jolie place pour faire une pause et profiter du jardin d’enfant qui la jouxte. Dans la rue, une grosse sono noire nous délivre des décibels de bachata. Le contact avec la population est chaleureux et les sourires sont faciles. On perçoit une vraie joie de vivre. Le cadre de vie est très pauvre, mais personne n’a l’air d’être laissé pour compte et on ne voit pas de mendiants dans les rues.

En fin de journée, nous rebroussons chemin pour rentrer avant la nuit. Les routes ne sont pas éclairées et ne comportent aucunes indications de direction. Ils faut éviter les nombreux nids de poule, les ânes et les troupeaux de vaches!

De retour à Casa de Campo, nous franchissons le poste de garde et nous entrons dans ce domaine de plusieurs hectares, état dans l’état, ghetto de milliardaire ultra policé. A l’intérieur : hotels de luxe, golf à la pelouse impeccablement rasé et de demeures de multimillionnaires à $800 000 (soit environ 500 ans de salaire pour le dominicain moyen). Le luxe ostentatoire et mégalomane du lieu nous parait totalement indécent. Tout au bout du domaine, notre marina toute propre et jonchées de boutiques de luxe nous attend.

C’est le décors qui est montré aux touristes européens et américains qui débarquent en masse pour leur congé annuel sur les plages de sable fin de la république dominicaine. Beaucoup resteront toute la semaine à l’intérieur de l’enclos sécurisant de leur resort « all inclusive ».
Combien auront une pensée sur la vie du serveur à 120$ par mois qui leur a servi un « sex on the beach » au bord de la piscine. Le soir, on peut le retrouver un peu en retrait de la resort avec ses collègues à l’arrêt du bus qui le ramènera dans son village. Là bas pour se détendre, il dansera surement la bachata et se soulera de décibels et de bières en discutant de ses rêves avec ses amis autours d’un billard. Cette vie lui convient-il? En tout cas cet envers est son endroit (à moins que ce ne soit l’inverse).

Diaporama de la journée