Waahh. J’ai mal aux cheveux ce matin. Il faut dire que ça faisait un petit moment que je ne m’étais pas pris une cuite pareille.

C’est à cause de Bob et Theresa. Bob approche la soixantaine. Il a servi sur un « destroyer » en temps que mécanicien. Il a même touché les côtes françaises. Il se souvient avec émotion des petites femmes de Cavalaire. La casquette vissé sur son crâne rasé, il a le sourire malin, un peu cynique. Il habite sur un vieux catamaran démâté à coté du pont de Cocoa.

Theresa est une bonne copine de Bob. La cinquantaine fatiguée, mais souriante, elle a bossé pendant 18 ans à la bibliothèque de Cocoa avant de se faire débarquer. On dirait une pom-pom girl avec son jean strech et son débardeur.
Au son langoureux de la country music de Doc’s Bait House, l’humeur est à boire et à se payer des coups. On cause, on rit, on philosophe, mais version comptoir américain, à la sauce Budweiser.

Tiens d’ailleurs, voilà « Doc »! Le maitre des lieux. La démarche tranquille, il avance son bonhomme de quintal pour nous envoyer des « give me five » avec sa chemise à carreau. La main sur mon épaule, il s’approche de mon oreille pour m’apprendre que Bob a perdu son père ce matin.

« Eh, that’s the way it works man » s’excuse presque Bob. Je comprend mieux l’arrière mine mélancolique qui transpirait chez Bob et Theresa.

Cela n’entame en rien leur volonté de passer une bonne soirée. Bob sort les dollars pour une nouvelle tournée.

Apprenant que nous avons traversé l’atlantique depuis la France pour venir chez lui, Doc veut nous prendre en photo pour l’ajouter à sa collection de clichés épinglés derrière le bar. Son père à construit cet endroit à un temps, où les buildings adjacents n’existaient pas encore. Il a continué son oeuvre. Ses fils s’apprêtent à faire de même. Il est né à Cocoa et mourra à Cocoa.
Soudain l’eau devant le bar se met à frétiller. Avec une rapidité qu’on ne lui soupçonnerait pas, il saisit un petit filet pour le jeter dans le canal. Il ramène quelques menus poissons. Chez lui, la pêche est une seconde nature.

A mon tour de payer la tournée! Je vais commander des « Bud ». Au bar, une blonde au visage buriné par ses quelques dizaines d’années passées sous le soleil de Floride me fait un clin d’oeil. Un pêcheur moustachu me lance un « how’re you doin’ ». La country se fait plus rock. Le fils de Doc monte le son et me lance les bouteilles.

Loin de l’Amérique de Palm Beach, l’Amérique de Cocoa nous présente un autre visage. Plus chaleureux.
Chez Doc, on est comme à la maison.