27 juillet 2012.
6h. Le jour naissant n’a pas encore percé l’épaisse couche de nuages de
ce matin. Nous quittons le mouillage de Barate sur la côte sud de
l’Espagne coté atlantique. Direction le détroit de Gibraltar. J’ai du me
séparer momentanément de Perrine et des enfants à Séville pour raisons
familiales. Nous les retrouverons bientôt à Ibiza, en Corse ou à Toulon.
Heureusement Cathy et Daniel sont venus me prêter main forte. Au bout
d’une heure de route nous sommes en face de la cote Africaine. En face
de nous, une grande baie parsemée de bâtiments blancs. C’est Tanger. Les
cargos vont et viennent sur leurs rails. Apparait Tarifa à l’entrée du
détroit. On vire à l’ouest et on s’engage dans la passe. A cet endroit,
seuls 8 miles séparent l’Espagne du Maroc. On réalise ici que l’Afrique
et l’Europe se touchent presque. Si proches et pourtant si lointaines.
Le courant est avec nous et nous filons rapidement à 10 noeuds. A cette
vitesse, nous sommes vite au niveau de la baie d’Algéciras au pied de
l’impressionnant rocher de Gibraltar qui marque la porte de la
Méditerranée. Un petit air agréable de « déja-vu ». Des dizaines de petits
dauphins joueurs nous accompagnent à la sortie du détroit. Ils
virevoltent près des étraves et font des sauts dans les vagues. Bienvenu
à la maison! Emporté par les 30 noeuds de vent d’ouest, Slowmotion file
à 8/9 noeuds et fait de jolis surfs à deux chiffres. La météo prévoit
des rafales à 40 noeuds pendant la nuit. J’ai prévu de naviguer 48h
non-stop, mais je sens que l’équipage, dont c’est seulement le 2ème jour
de mer, ferait bien une petite pause. Il est vrai que les conditions
sont assez musclées et que nous avons pêché, évidé et découpé un
magnifique thon rouge. Vers 18h, après 85 miles de navigation, je
décrète un arrêt à Fuengirola, une station balnéaire de la
Costa-del-sol, bien abritée du vent, que nous avions déjà testée à
l’aller avec Perrine. La perpective de cuisiner tranquillement notre
pêche du jour au mouillage accompagné d’un petit vin blanc des Açores
l’emporte sur celle de passer une nuit en mer à faire des quarts par
force 6. Etonnant non?
21h. Au mouillage, la mer est d’huile. Une douce chaleur enveloppe la
baie de Fuengirola. Le soleil rasant projette une lumière dorée sur le
bateau. Le fumet du repas emplit déjà l’atmosphère. Antonio Florès nous
a gratifié d’un flamenco et Paul Desmond nous joue maintenant une petite
bossa-nova. J’inspire cet air familier. J’expire.
C’est bien notre mer. Nous revoilà enfin en Méditerranée.