« Dès que je peux, j’me casse. »

C’est un vieux papy du coin et ses deux chiens qui ont bien voulu me prendre en stop sur la longue bande d’asphalte reliant le port à sec et le centre ville. « Ici, c’est le trou du cul du monde. D’ailleurs, il n’y a plus beaucoup de français… ». Heureusement que j’ai une tête de bon français, sinon j’aurais raté mon bus vers Arles. Nous sommes à Port Saint Louis du Rhône, le 20 août 2012.

J’ai convoyé Slowmotion d’Antibes à Port Saint Louis ce WE pour le dernier épisode de ce fabuleux tour de l’Atlantique : Lérins, les roches rouges de l’Esterel, la baie de Saint Tropez, un stop à Porquerolles le soir, puis la presqu’île de Giens, les calanques de Cassis, Marseille et sa bonne mère, blanche étincelante au loin. J’ai profité de ces dernières heures en mer en toute intimité, seul avec mon destrier. Des heures magiques, dans l’instant, sans nostalgie. Je n’ai pas bien réalisé que tout cela est terminé. Combien de jours ou de mois faudra t’il?

Puis, comme pour me rappeler à une réalité plus crue : les premières fumées des raffineries du golfe de Fos, les pétroliers qui stationnent et bientôt le canal qui nous amène à Port Saint Louis, petite bourgade de Camargue à l’ambiance un peu « bout du monde » en bordure du delta du Rhône.

C’est ici que s’achève la course de Slowmotion cette année. Ici, il sera bien au sec et prêt à repartir. L’endroit à quand même un petit air de cimetière des éléphants avec ses centaines de voiliers sur ber attendant un peu tristement une remise à l’eau. Je souhaite à Slowmotion de repartir bien vite, avec nous ou avec d’autres.

« Dès que je peux, j’me casse. » semble t’il me dire. « Ne me tente pas! », je lui répond.

Voyage de Slowmotion, dernier jour. Vie normale, jour 1.

« Y faut m´garder
Et m´emporter
J´suis pas périssable
J´suis bon à consommer
Te presses pas tu as tout l´temps
D´m´emmener au cimetière des éléphants »

Eddy Mitchell et Pierre Papadiamandis (1982)