Je démarre finalement cette série de notes techniques entourant les épisodes de « Rewind << » par la réponse à une question d’une lectrice sur le départ :

« Bonsoir Vincent, et merci pour le ‘rewind’ c’est super intéressant pour nous cette analyse après coup …. Attention, plus tu nous en dis, plus on va poser de questions …!! [...] je vois sur les blogs que beaucoup d’équipages font appel à du « renfort « pour la transat, avec parfois femme et enfants dans l’avion  … A ce jour, nous envisageons plutôt cela comme une expérience dans notre ‘bulle familiale » … envie de la vivre ensemble, pleinement, et sans compromis avec des personnes extérieures . Mais je me demande parfois si ce n’est pas de l’inconscience ou un excès de fierté ??? [...] . Quand nous partirons, les enfants auront entre 5 et 11 ans … » « C. »

Pour nous, la traversée de l’Atlantique est un moment rare et magique, mais qui peut être aussi angoissant. Il n’y a évidemment pas « une » bonne réponse à la question posée et nous avons constaté un peu tous les cas de figures parmi les équipages rencontrés.

Je pense qu’il faut distinguer deux aspects dans la question :

1. L’aspect technique : La traversée est elle difficile? Pourrons-nous la faire en famille?
2. L’aspect humain : Faut-il prendre des équipiers? Comment gérer l’ambiance du bord?

Aspect technique

  1. Bien préparée et effectuée à la bonne époque (hivers ou printemps), la traversée de l’Atlantique dans le sens Europe-Antilles est techniquement simple. Il ne faut donc pas angoisser sur la météo ou les manœuvres. Les temps rencontrés en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne ou le long de l’Afrique sont bien plus difficiles à négocier que la paisible navigation sur l »autoroute des Alizés ».
  2. La traversée « retour » entre les Antilles ou la côte Américaine et l’Europe est en revanche un peu plus délicate à cause du rythme des dépressions qui circulent sur l’atlantique Nord. Les équipages et notamment les familles, ou les femmes et enfants qui ont apprécié l’aller, mais hésitent à reproduire l’expérience peuvent faire l’impasse sur le retour. C’est un comportement que nous avons souvent constaté parmi les équipages : femmes et enfants qui reprennent l’avion, bateau revendu au Antilles, convoyage retour avec des « potes », en cargo ou avec un skipper pro. Mais à mon sens, il vaut mieux décider ce point après la traversée aller, plutôt qu’au début du voyage.
  3. Une bonne préparation réduit considérablement le stress et les problèmes : équipement de sécurité au complet, formation aux gestes qui sauvent, bonne pharmacie, bateau fiabilisé et bien entretenu, pièces de rechange à bord. Nous avons rencontré des équipages qui avaient passé une traversée infernale, mais dont tous les problèmes auraient pu être évités avec une meilleure préparation du bateau.
  4. Un des facteurs les plus important de sécurité et de bien-être me semble être celui d’avoir de bons outils de prévision météo : iridium ou BLU, ou mieux, un routeur à terre. Cela parait aller de soi, mais une bonne prévision permet de naviguer toujours au bon endroit, au bon moment et dans des temps maniables et agréables. C’est un facteur majeur d’une traversée réussie. De plus, un téléphone satellite permet d’appeler un médecin en mer et peut donc aider à mieux gérer une situation d’urgence médicale.
  5. J’ai noté à l’arrivée aux Antilles que les équipages ayant traversé en monocoque sont globalement plus fatigués que ceux ayant traversés en catamaran. Il est vrai que la vie et les manœuvres sur un multicoque de croisière sont globalement plus simples et moins physiques. C’est peut-être un point (mineur) à prendre en compte lors de votre choix.

Aspect humain

  1. L’objectif est de se faire plaisir! Si une partie de l’équipage a régulièrement le mal de mer et n’est pas à l’aise en bateau, il vaut mieux ne pas faire la traversée. Dans ce cas, à moins d’être un skipper expérimenté en navigation solitaire, il est préférable pour des raisons de gestion du sommeil d’être au moins 2 ou 3 sur le bateau.
  2. Passer 15 jours en mer, en plein désert bleu, est très clairement une expérience intime et qui peut éprouver les esprits. Mon conseil est donc de partir uniquement en famille ou avec des amis que vous connaissez bien pour leur tempérament fiable en toute circonstance et leur capacité à vivre en société, et en particulier avec Vous!
  3. La gestion des quarts en mer n’est pas difficile, même à deux car le corps en prend vite l’habitude. Il est clair que partager la nuit en 3 ou 4 quarts sur 4 personnes est moins fatiguant pour chacun que d’alterner un quart entre 2 personnes.
  4. Autre point à considérer : il est plus facile de faire une belote à 4 qu’à 2 ou trois! :-) Blague à part, le skipper a une responsabilité dans la gestion du rythme de vie à bord et de la bonne ambiance générale. Les interactions humaines sont plus riches à 4 ou 6 qu’à 2. Mais encore une fois, tout dépend de qui la compatibilité des membres d’équipage entre eux.
  5. Corollaire : Je déconseille de prendre des équipiers inconnus sur les pontons pour une traversée de l’Atlantique. Autant cela comporte peu de risque sur une traversée de 2 ou 3 jours, autant cela peut faire de la vie à bord un enfer sur une traversée de 2 ou 3 semaines. Évidemment, il est possible de tomber sur l’équipier parfait, mais nous avons trop vu de skippers se mordre les doigts d’avoir pris des inconnus avant une longue traversée.

Alors équipiers ou pas équipiers? Traversée ou pas traversée?

C’est un choix qui appartient à chacun. Sur Slowmotion, nous avons fait les traversées aller et retour en famille avec deux amis. Ce choix nous a garantit des traversées faciles et peu fatigantes, ainsi qu’une vie à bord variée. Mais nous avons eu la chance d’avoir des amis disponibles, expérimentés en navigation et très aidants en mer (encore merci à Milou, Laurent, Manu et Jean-Cy ainsi que Laurent D., Sylvain, Cathy et Dan sur les « petites traversées »).

La traversée de l’Atlantique est une tranche de vie exceptionnelle que nous conseillons à toute les familles qui s’en sentent le courage. Nous nous posions les même questions que « C. » avant le départ, mais aujourd’hui aucun d’entre nous ne regrette cette expérience.

PS : Pour plus d’impression « live » sur la traversée de l’Atlantique, vous pouvez lire la série de post sur la traversée retour car elle comporte de nombreux témoignages de skippers et d’équipages sur la traversée. Vous pouvez lire aussi nos impressions sur la traversée aller ou sauter directement au diaporama.